Comment Shonda Rhimes a-t-elle révolutionné le petit écran?

Shonda Rhimes. Vous vous demandez peut-être qui est cette femme, qui connaît pourtant un succès sans précédent outre-atlantique. Shonda Rhimes est une femme inspirante, ambitieuse et indépendante. Elle inspire de par sa carrière mais également de par sa vie personnelle, car, bien que son travail occupe la première place pour elle, elle a décidé de créer sa famille seule, élevant ainsi ses trois filles par elle-même. On remarque d’ici sa force de caractère derrière laquelle se cache une incroyable scénariste. C’est à elle qu’on doit la création de Grey’s Anatomy, Private Practice, Scandal, How to Get Away with Murder ou encore la Chronique des Bridgerton. Ses séries, qui connaissent un succès fulgurant dès leur sortie, ont fait d’elle une femme extrêmement puissante aux États-Unis. Mais comment s’explique son succès, de l’écriture de Grey’s Anatomy à sa collaboration avec Netflix ? Quels sont les secrets de réussite de Shonda Rhimes ?

Shonda Rhimes, c’est avant tout une imagination débordante, des personnages aux histoires intenses dont les péripéties contribuent (souvent) à faire évoluer les mentalités. Shonda débute avec l’écriture de plusieurs scénarios, et c’est celui rédigé pour Introducing Dorothy Dandridge avec Halle Berry en actrice phare, qui va la lancer. En 2001, elle est chargée de l’écriture du film Crossroads dans lequel joue Britney Spears. Quelques années plus tard, elle écrit le script de Grey’s Anatomy, un tremplin professionnel incroyable pour la jeune scénariste. Grey’s Anatomy, en quelques chiffres, c’est 17 ans de diffusion sur le petit écran, 39 nominations aux Emmy Awards, 19 saisons, 388 épisodes, faisant d’elle la plus longue série médicale de l’histoire de la télévision américaine. La même année, la showrunneuse créé sa propre société de production télévisée nommée Shondaland, entrant ainsi pour de bon dans l’arène.

Ses séries

Les personnages vedettes de ses séries sont la plupart du temps des femmes évoluant dans un univers professionnel précis. Elles sont ambitieuses et carriéristes. Mais avant tout, ce sont souvent des femmes fortes qui se battent contre les idées reçues telles que Cristina Yang dans Grey’s Anatomy ou encore Eloise dans la Chronique des Bridgerton. Shonda Rhimes aime mettre en scène des drames et des rebondissements pour nous faire réagir, et ça marche !

Les personnages sont incarnés par des acteurs qui deviennent vite des superstars, telle qu’Ellen Pompeo, vedette de Grey’s Anatomy, étant l’actrice la mieux payée du petit écran pour une série dramatique, ou bien Regé-Jean Page qui a créé un véritable tsunami en annonçant qu’il ne ferait pas partie de la saison 2 de la série la Chronique des Bridgerton, ou encore Viola Davis qui a gagné un trophée des Emmy Awards, devenant ainsi la première actrice noire à en remporter un dans la catégorie de meilleure actrice en 2015.

Une autre caractéristique centrale des séries de Shondaland se rapporte à l’inclusion sociale. Deux femmes tenant les rôles principaux de leur série, Viola Davis et Kerry Washington, l’une jouant dans How to Get Away with Murder et l’autre dans Scandal, sont afro-américaines et incarnent des personnages puissants. De même, la Chronique des Bridgerton intègre des acteurs de toutes origines, et ce sans tenir compte de l’époque. C’est ainsi que la reine Charlotte est noire de peau. De la même manière, les séries exposent des orientations sexuelles et des identités de genre variées, ce qui permet de faire avancer les mentalités et permet à chacun de s’identifier plus facilement aux personnages. Après avoir intégré un personnage transgenre au casting dans la 14e saison, Grey’s Anatomy accueille son premier personnage non-binaire, le docteur Kai Bartley.

Toutefois, le public n’a pas toujours accueilli les personnages de Shonda Rhimes de manière bienveillante. En effet, cette volonté d’inclure davantage les minorités a créé un scandale suite à une critique du New York Times (NYT) désignant Shonda et ses personnages vedettes noires comme des « angry black women » (femmes noires en colère). Cette remarque s’adresse principalement à Olivia Pope (Scandal) et Annalise Keating (How to Get Away with Murder), qui sont des femmes entreprenantes, déterminées et carriéristes, et affichant assez franchement leurs propos. La critique du NYT était plutôt paradoxale si l’on prend en considération tous les efforts de Shonda Rhimes pour intégrer et faire accepter les personnes de couleur. Une remarque acerbe à laquelle la reine du drama a répondu : « how come I am not « an angry black woman » the many times Meredith (or Addison) rants? », que l’on peut traduire comme : «  C’est bizarre, je ne suis pas une ‘femme noire en colère’ quand ce sont Meredith et Addison qui poussent un coup de gueule ? »

Dans la tête de Shonda Rhimes

Grâce à ses séries modernes, Shonda Rhimes a révolutionné le petit écran, donnant rendez-vous chaque jeudi soir à ses fans sur la chaîne de télévision américaine ABC. Quoique, avis aux retardataires: après près de 15 ans chez ABC, la showrunneuse a décidé il y a quatre ans de quitter la chaîne – au grand désespoir de cette dernière – pour Netflix. Toujours plus ambitieuse, Shonda aspire au meilleur pour ses séries, et Netflix, en grande compétition avec Disney, qui vient à ce moment-là de lancer sa plateforme de streaming, voit là l’occasion de remonter au score.

Entrée réussie pour la showrunneuse avec la sortie de la Chronique des Bridgerton qui a été vue par près de 82 millions de foyers abonnés en seulement un mois. Cette année, Shonda nous présente sa nouvelle pépite, Inventing Anna, basée sur la vie d’Anna Delvey, une fascinante arnaqueuse et incroyable femme d’affaires. Une nouvelle série qui promet de nous tenir en haleine grâce à d’incroyables rebondissements, et qui est portée, sans surprise, par une femme. Shonda nous présente constamment des personnages féminins forts, pleins de ressources, mais d’où sort-elle cette énergie puissante et féminine ? C’est à travers son histoire personnelle qu’elle y est puisée.

Shonda Rhimes, c’est une femme d’affaires prodigieuse dont la fortune est estimée à 140 millions de dollars d’après le magazine Forbes, mais c’est avant tout une femme. Une afro-américaine issue d’une famille de 6 enfants, dont la mère, directrice d’université, l’a toujours encouragée à étudier. La Queen of Television est une véritable féministe et activiste engagée pour les droits de vote, et ce depuis son plus jeune âge. Enfant, elle se rappelle accompagner sa mère pour faire du porte-à-porte et enregistrer les votants. Quelques décennies plus tard, elle incite ses followers (sur Twitter) à se rendre dans les bureaux de vote lors des élections présidentielles. Cet engagement et cette détermination, on les retrouve dans toutes ses créations, mais aussi dans sa vie privée.

Très indépendante, se marier n’a jamais fait partie de ses plans. Comme elle le confie dans une interview avec Oprah Winfrey, le mariage a toujours été une source de stress, et elle y dénonce notamment la pression de la société en ce qui concerne les relations amoureuses et le passage à l’autel : « Il y une énorme pression, et le désir de vouloir se marier ressemble grandement à celui de vouloir avoir des enfants dans la société actuelle. Comme si on était censés le vouloir, et si l’on n’en veut pas, alors qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez nous ? ». Très sûre d’elle, elle avoue avoir toujours su depuis sa plus tendre enfance qu’elle aurait trois enfants, et que ce seraient trois filles. Résultat : Shonda a élevé seule ses trois filles, les deux premières étant adoptées et la dernière née d’une mère porteuse.

Vous l’aurez compris, Shonda Rhimes est une femme de pouvoir inspirante, qui a su se battre pour bousculer les codes et élever son entreprise face aux géants de l’industrie des séries, même si au fond, cela reste une histoire de mots et d’imagination.