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Anecdotes historiques et insolites sur la Pitié-Salpêtrière

L’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, c’est ce gigantesque labyrinthe de 33 hectares, une ville dans la ville. Des navettes de bus relient les pavillons entre eux et traversent les rues existantes au sein-même de l’hôpital, c’est le plus grand centre hospitalier de France. Mais quelle est l’histoire cachée derrière ce monument vieux de 400 ans, témoin aux premières loges de l’histoire du pays et de l’évolution de la société française ?

 

Ses origines

La Pitié-Salpêtrière est au début bien différente de l’hôpital moderne auquel on pense aujourd’hui. Sa fonction première à sa création : être un lieu d’accueil pour les pauvres et mendiants de la ville. L’idée vient d’abord de Marie de Médicis, qui souhaite instaurer un hospice nommé Notre Dame de la Pitié. Le but ? C’est à la fois « d’aider les pauvres par dévotion mais aussi de vider les rues de Paris de ses mendiants ». Mais le projet de Marie de Médicis n’aboutit qu’à moitié, le regroupement des mendiants dans un même lieu ne convient pas à la population. Les locaux se transforment alors temporairement en lieu de distribution de nourriture et de vêtements. Mais qu’à cela ne tienne, le Roi Soleil, lui, ne compte pas se laisser faire ! Il refuse de voir les rues de la Ville Lumière jonchées de pauvres et de vagabonds où se multiplient les agressions. Il entreprend alors en 1656 la création de l’Hôpital général en faisant don de plusieurs bâtiments dont la maison de la Pitié ou encore l’hôtel Scipion de Bicêtre. Orphelins, vieillards, fous, infirmes, mendiants… L’hospice accueille alors les nécessiteux, mais pas seulement.

 

Une prison plutôt qu’un hôpital

L’Hôpital général devient un lieu d’enfermement, la solution de simplicité pour se débarrasser de la population dont on ne veut pas. On dénombre plus de 3 000 personnes enfermées en 1690, et il y en a plus du double cent ans plus tard. Les femmes et les hommes sont séparés : les hommes partent à Bicêtre, alors que les femmes sont enfermées à la Salpêtrière.

 

Une maison de correction qui reflète de la force du patriarcat contemporain

On crée dans l’enceinte de l’hôpital une prison dite « Maison de la Force » en 1689, où sont enfermés enfants, femmes, criminelles, prostituées, etc. La prison est divisée en quatre parties : « Le commun où l’on gardait les filles publiques ; la correction, qui était destinée aux filles publiques susceptibles de revenir au bien ; la grande force, dans laquelle on renfermait les personnes arrêtées par ordre du roi ; la prison, qui devait contenir les femmes flétries par la justice ». On fait ainsi entrer des sorcières, des libertines, des voleuses… En somme, celles qui refusent de se taire et d’obéir, peu importe leur rang social, finissent à la Salpêtrière, où elles se retrouvent enchaînées, et violentées au gré de leurs geôliers.

PINEL femmes

 

« Philippe Pinel à la Salpêtrière » de Tony Robert-Fleury

L’Hôpital général prend aussi la forme d’un asile où celles souffrant de troubles mentaux, les « folles » sont traitées, sans pour autant bénéficier de soins adéquats. On mettra longtemps avant de comprendre que les chaînes et les mauvais traitements n’aident pas à la guérison.

Certaines de ces femmes qui vivent un véritable enfer sortent de la prison, mais pas forcément pour une vie meilleure. Elles sont envoyées pour peupler les colonies. Les hommes étant partis seuls sur les nouveaux territoires, on envoie des prisonnières pour assurer leur descendance. Elles entament alors un périple de plusieurs milliers de kilomètres, pour être mariées de force sur un nouveau continent. Ce sont ces déportations qui ont d’ailleurs inspiré Manon Lescaut, le roman écrit par l’Abbé Prévost.

 

La Pitié-Salpêtrière, un lieu chargé d’innovations médicales

Bien entendu, la maison de correction a fini par laisser place à l’hôpital moderne qu’on connaît aujourd’hui, grâce à la contribution de médecins dont on ne pourrait oublier le nom des siècles plus tard.

 

Des médecins à la renommée internationale

La Pitié-Salpêtrière prend réellement le sens d’hôpital apportant des soins aux malades avec la classification des pathologies effectuée par le docteur Philippe Pinel (1745-1826), qui comprend les maux psychologiques et refuse que l’on attache les patients. On procède grâce à lui à des soins plus humains.

Si son nom ne vous dit rien, celui de Jean-Martin Charcot (1825-1893), grand neurologue qui étudia notamment l’hystérie vous sonnera peut-être plus familier. Il a donné son nom à la sclérose en plaques ainsi que la sclérose latérale amyotrophique, que l’on appelle plus communément, maladie de Charcot. Freud (1856-1939), lui-aussi neurologue, passera quatre mois aux côtés de Charcot dans son service. C’est grâce à Charcot que le pôle de neurologie de la Pitié Salpêtrière est si développé, en faisant le 3e meilleur hôpital spécialisé en neurologie au monde en 2022 d’après le magazine américain Newsweek.

Charcot leçon

 

Charcot donnant une leçon sur l’hypnose à ses élèves dans le tableau d’André Brouillet « Une leçon clinique » (1887)

Un hôpital modèle en termes de formation

Si la Pitié-Salpêtrière compte dans ses rangs des médecins d’exception, elle a aussi été novatrice en ce qui concerne la formation de ses futurs soignants. Elle a ainsi lancé l’école d’infirmières, pionnière puisqu’elle s’inscrivait dans une volonté de laïcité, et ce même avant la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905. C’est Désiré-Magloire Bourneville, conseiller de Paris qui s’attache au projet d’une école laïque dès 1903. L’école se situe dans l’enceinte de l’hôpital et ouvre ses portes 4 ans plus tard en 1907. Ce projet visionnaire sera ensuite suivi par la création d’hôpitaux universitaires en 1958.

Exclure la religion de la formation des soignants, c’est révolutionnaire puisqu’elle accompagne depuis toujours les malades jusqu’à leur dernier souffle. On a d’ailleurs fait construire la chapelle Saint-Louis sur le site de la Salpêtrière pour que les malades puissent assister aux cérémonies religieuses, c’est que dire de la place proéminente de la religion dans la société. 

 

Et pourquoi Salpêtrière ?

D’ailleurs, savez-vous pourquoi cet hôpital s’appelle Salpêtrière ? De nos jours, on connaît le salpêtre pour être un mal qui ronge les murs de nos maisons dû à l’humidité, et qui est très nocif pour l’Homme. Mais ça n’a pourtant aucun rapport avec l’origine du nom du bâtiment. En réalité, le salpêtre était utilisé pour composer la poudre à canon, et lorsqu’on décide de construire l’Hôpital général, on choisit l’emplacement du « Petit-Arsenal ». C’est là que se trouvaient à l’époque les ateliers où l’on produisait le salpêtre. 

Petit conseil: pensez à vous renseigner sur les plans à l’entrée si vous devez vous y rendre pour éviter de vous perdre entre les différents pavillons attribués par spécialité, c’est (très) grand comme vous pouvez le voir juste ici:

plan hôpital

 

© APHP

Vous connaissez maintenant quelques-uns des secrets de cet hôpital parisien mythique chargé d’histoire. Si vous voulez en savoir plus, des podcasts en plusieurs épisodes sur ce sujet sont à venir… Stay tuned ! 😉